Il faudra respirer encore.
En ce printemps 2026, regarder l’Iran droit dans les yeux demande du cran.
Le centre culturel de La Gorge le fait, avec une exposition programmée 6 mois et dont
chaque semaine qui passe épaissit l’urgence.
Armin Amirian a 30 ans, il est photographe, il est iranien. En 2020, alors que le monde
entier se retrouvait confiné au lendemain du Novembre sanglant de 2019 en Iran, il a
commencé à emprisonner des photographies dans des blocs de glace. Des portraits de
femmes iraniennes d’avant 1979, des cortèges de mars 1979 où des milliers de femmes
marchaient pour garder leurs droits, le drapeau au Lion et au Soleil interdit par le
régime, le visage de Cyrus le Grand dont le cylindre reste la première charte des droits
humains connue, Ferdowsi qui a passé trente ans de sa vie à sauver la langue persane
de l’oubli. Chaque image est prise dans un bloc translucide traversé de bulles d’air,
comme une mémoire sous pression qui cherche encore de l'oxygène. La série s’appelle
hICEstory : l’histoire figée dans la glace, parcourue de fissures intimes et collectives, à
la recherche de bulles de respiration.
Deux photographes français entrent en résonance.
À la même époque, dans les années 1960-70, Jacques Rouchon et Louis-René Astre
photographiaient les femmes de Paris et de Téhéran. Photographes de mode, ils
documentaient sans le savoir un monde sur le point de basculer : mêmes lumières,
mêmes robes libres, même insouciance devant l’objectif, d’un pays à l’autre. Exposés
face aux glaces d’Amirian, leurs clichés mesurent la distance exacte entre un avant et
un après, entre une liberté vécue et une liberté confisquée.
Le titre dit tout.
MémoriElles. Mémoire au féminin. Les femmes iraniennes traversent toute cette
exposition : celles d’avant la révolution de 1979, celles qui ont marché dès le 8 mars de
cette même année, celles du mouvement Femme Vie Liberté de 2022, celles
d’aujourd’hui. Au pied du Mont-Blanc, à 5 000 kilomètres de Téhéran, leurs visages
percent la glace. Il faudra respirer encore.

